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Couvrant une superficie de 9.000 km², alors que son bassin recouvre au total près de 50.000 km², le Delta de l'Ouémé présente pour le Bénin une importance particulière, tant par sa superficie, que par ses diverses possibilités d'aménagement dans les régions à fortes densités géographiques du pays. Ses plaines alluviales s'étalent largement et confirment sa particularité et sa place de choix dans le système hydrographique du Bénin. L’Ouémé prend sa source dans les Monts Tanekas, à l'est du Massif de l'Atacora, vers 550 mètres d'altitude. Il coule vers le sud, sur le socle précambrien, avec des pentes d'abord fortes de plus de 10 m/km puis plus douces, de l'ordre de 1 m/km vers le pont de Savè (Atlas Imetus 2007).
Pour Jean-Luc Kouchoro, expert urbaniste au Plan Delta, la non maitrise de la croissance démographique ; la pression accrue sur les terres, lesquelles sont liées à l’urbanisation ; la construction des routes ; les problèmes de pollution engendrés par la survie des espèces humaines et animales ; la non-préservation de l’écosystème ; constituent autant d’attaques provenant des actions humaines sur l’environnement. Ces agressions involontaires de l’homme sur son habitat naturel, explique-t-il, se rapportent toujours à la poussée démographique d’une part, et d’autre part, à la problématique de la non maitrise de l’eau, cet élément vital sans lequel la vie sur terre serait compromise.
Toutefois, on peut observer dans certaines localités un abandon des professions et activités génératrices de revenus en rapport avec l’eau. La rareté des poissons, liée en grande partie aux mauvaises techniques de pêche, la saturation des « Acadjas », une de ces techniques de pêche archaïques, les conflits avec les transporteurs d’essence frelatée par voie fluvio-lagunaire, et surtout l’amenuisement des revenus issus de la pêche, sont autant de cause de cet abandon. « Les problèmes de disponibilité pour les aménagements agricoles, les problèmes de transhumance avec les éleveurs, ainsi que les inondations cycliques qui dévastent les plantations » sont à la base de la reconversion vers d’autres secteurs d’activités, précise Augustin Kehouda, Président du Comité local de la Croix Rouge de Zanagnado. Cet état de chose constitue un défi pour la sécurité alimentaire du pays, compte tenu de l’augmentation des besoins de ressources en eau.
Conscient de ces enjeux, l’État béninois a pris depuis 2013 des dispositions pour l’élaboration d’un Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE) au niveau du bassin hydraulique de l’Ouémé. Validé en 2015 et planifié sur dix ans, la particularité du SDAGE, en termes d’organisation, est de travailler à une échelle réduite, donc une échelle de précision. Le SDAGE vient donc en réponse à cet ensemble d’éléments néfastes qui mettent en mal l’équilibre de l’écosystème fragile du delta de l’Ouémé.
L’urbanisation et la croissance démographique
Au regard de l’importance du Delta pour le développement socio-économique durable à l’échelle nationale, le gouvernement met en œuvre depuis 2017, le programme OmiDelta. En effet, un autre plus grand défi demeure la maîtrise de la croissance démographique qui devient inquiétante, c’est-à-dire, comment contenir cette flambée de la population qui pourrait doubler à l’horizon 2050, sur un territoire non élastique. Résoudre cette équation, c’est trouver une solution durable au développement économique et surtout à la sécurité alimentaire.
Conscient donc du potentiel économique de la zone deltaïque et du nombre de solutions qu’elle pourrait apporter pour un développement socioéconomique global, le Gouvernement du Bénin a mis en œuvre depuis 2017 à travers son PAG, avec l’appui du Royaume des Pays-Bas, le Programme OmiDelta. « Prévu pour arriver à terme en 2021, OmiDelta a d’une part pour objectifs, l’application de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) dans le delta de l’Ouémé et la zone côtière. D’autre part, son but est aussi de participer au développement de l’Approvisionnement en Eau Potable, Hygiène et l’Assainissement en milieu urbain et rural », explique l’ingénieur de l’équipement rural du Plan Delta, Grégoire Alleh.
La sous-composante GIRE du programme OmiDelta portée par les Acteurs Étatiques, principalement la Direction Générale de l’Eau et l’Institut National de l’Eau (INE), a pour objectif principal d’élaborer un Plan Delta concerté avec les parties prenantes et d’initier des mesures prioritaires.
Elle a pour finalité, selon Grégoire Alleh, l’amélioration des conditions de vie des populations et l’essor économique de la zone métropolitaine et de sa périphérie. La sous-composante GIRE du programme OmiDelta, poursuit-il, porte également sur le cadre institutionnel de la GIRE, l’application de la règlementation en matière d’eau, et le renforcement des réseaux de surveillance des ressources en eau. Dans son implémentation, elle mobilise et implique, à travers des concertations, de nombreuses parties prenantes, acteurs à la base, société civile, collectivités et acteurs de l’administration.
Le mérite et l’efficacité de ce Plan Delta démarré depuis quelques années, revient aux différentes des parties prenantes, en l’occurrence : l’ambassade des Pays-Bas, la Snv, les acteurs étatiques et non étatiques, les communes ainsi que les usagers… Toutefois, chaque acteur est appelé à poursuivre son engagement en assumant son rôle de veille à la bonne gouvernance des ressources en eau ; un territoire à croissance démographique maîtrisé ; un écosystème préservé ; un territoire assaini ainsi qu’un développement socioéconomique durable.
Des doléances à l’endroit des autorités
Aujourd’hui, très peu d’activités génératrices de revenus issus de la ressource et donc de développement socioéconomique global, peuvent être dénombrées dans un environnement quelque peu hostile comme le bassin fluvial de l’Ouémé et ses dérivés. Pour la pêche, toujours pratiquée de manière archaïque, malgré un monde en pleine modernité, les contraintes et autres difficultés liées à la commercialisation du poisson sont légion. La diminution des ressources halieutiques, les arraisonnements pour pêche illicite etc., sont monnaie courantes. Les conditions insalubres propres à ce secteur d’activité gardent les mêmes aspects, les mêmes couleurs malgré les années.
Et pourtant, le Delta de l’Ouémé demeure pour la Bénin un joyau naturel. Malgré les multiples calamités environnementales qui perturbent son équilibre, elle continue d’offrir d’énormes potentialités à partir desquelles les populations tirent l'essentiel de leurs besoins. Sur le banc des activités génératrices de revenus figure la pêche, par sa contribution au Produit Intérieur Brut (PIB) du Benin.
Ainsi, certains acteurs de ce secteur d’activité, Notamment Célestine Hounkpê, commerçante de poisson frais au marché Dantokpa, à Cotonou, plaide à l’endroit des autorités à divers niveaux, pour l’amélioration des conditions d’exercice de cette activité.